Petite ferme entre ami-e-s : l’agriculture urbaine comme outil d’intervention



Au mois d’août 2013, l’Atelier Barda (Montréal), Les Saprophytes (Lille, France) et le Laboratoire d'agriculture urbaine (AU/LAB, Montréal) ont accompagné un groupe de participant-e-s de l’École d’été sur l’agriculture urbaine dans la réalisation d’une action de revendication populaire d’un espace en friche.  

Le point d’aboutissement de cette intervention fut l’installation d’une fermette éphémère sur cet espace mieux connu sous le nom de « Parc des Gorilles ».

Le temps de cette intervention,  les pratiques d’agriculture urbaine sont donc devenues un moyen de revendication de quartiers conviviaux et à échelle humaine et d’une transformation du cadre urbain soucieuse de la conservation de la biodiversité.


La petite histoire du Parc des Gorilles

Le Parc des Gorilles est situé dans le secteur Marconi-Alexandra, à la frontière nord-ouest du quartier de la Petite-Patrie.  Ce secteur attise l’intérêt des promoteurs et subit de fortes pressions de développement depuis l’adoption, en 2011, du projet de reconversion d’un terrain limitrophe - l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique – en campus universitaire.

Témoin du passé industriel du quartier, cet espace linéaire était anciennement occupé par une voie ferrée appartenant au Canadien Pacifique. Laissé à l’abandon par son propriétaire, l’espace s’est progressivement « enfriché » si bien qu’au printemps 2013 des arbres matures, des arbustes et une diversité de plantes s’y étaient installés. Un espace que les résidents du secteur se sont approprié comme lieu de balade, de détente et de reconnexion avec la nature.

Le nom « Parc des Gorilles » a été imaginé par Frances Foster, une résidente du quartier qui fréquentait la friche, en référence au caractère sauvage du lieu qui « ressemblait à une petite jungle ».

Lors de consultations publiques sur l’avenir du secteur tenues au printemps 2013, les résident-e-s ont fait entendre leur volonté de protéger cette espace comme parc. Découlant de cette consultation, le plan de développement urbain, économique et social (PDUES) - le « document de référence  qui guidera les interventions (…) sur ce territoire au cours des dix ou vingt prochaines années »  - a retenu l’idée de parc sur cette espace.

L’idée qui circulait alors chez plusieurs résidents et usagers du parc était de développer l’espace avec une approche similaire à celle qui guide le développement du Champs des Possibles à Montréal ou du High Line à New York . Cet approche consiste à valoriser le caractère de friche de ces espaces, autrement dit, à conserver et à mettre en valeur le patrimoine industriel dont ces lieux sont porteurs ainsi que la végétation qui y a spontanément émergé plutôt que de les effacer au profit d’un parc « planifié ».


Le rasage du Parc des Gorilles


Mais ces projection ont rencontré un obstacle de taille au mois de mai 2013 lorsque, le propriétaire du terrain (le groupe de développement immobilier Olymbec) a procédé à l’abattage de l’ensemble des arbres et arbustes du terrain. Avec l’excavation et le remblayage qui ont suivis, la friche végétale s’est donc transformée en quelques semaines en un stationnement recouvert de gravier.

Devant cette transformation abrupte d’un espace vert qui leur était cher, les résidents du secteur ont mis sur pied un comité de citoyen-ne-s qui se mobilise depuis pour le redéploiement d’un parc sur cet espace. Le Laboratoire d’agriculture urbaine et le CRAPAUD, co-organisateurs de l’École d’été sur l’agriculture urbaine, ont souhaité mettre le potentiel d’intervention de l’agriculture urbaine dans l’espace public au profit de cette démarche citoyenne.


L’agriculture urbaine à la rescousse !

Une intervention ludique et symbolique a donc été imaginée et réalisée au mois d’août 2013 par les participant-e-s à l’École d’été. Les ateliers d’architecture Barda et le collectif pluridisciplinaire d’intervention urbaine Les Saprophytes ont accompagné les participant-e-s dans la préfiguration, la conception et la réalisation de l’intervention. Ce projet a pris le nom de « Petite ferme entre ami-e-s ».

La démarche a impliqué la construction d’une « fermette mobile » vouée à être déplacée en fonction des besoins d’intervention qui émergent dans le paysage urbain. Par son caractère mobile, la fermette peut être installée spontanémen dans des lieux sous-valorisés pour y faire miroiter le potentiel transformatif de l’agriculture urbaine et, plus largement, du verdissement urbain.  Cette vidéo met en son et en images la conception de la fermette et sa « procession » entre les Ateliers Barda (où elle a été conçue) jusqu’au Parc des Gorilles.

Si l’intervention n’a pas permis à elle seule le rétablissement d’un espace vert au Parc des Gorilles, elle s’inscrit dans une série d’interventions et de moyens d’action qui, à terme, pourraient y conduire.

À suivre !


Pour plus d’information sur le Parc des Gorilles :
Blogue des AmiEs du Parc des Gorilles
Le Parc des Gorilles devrait renaître de ses cendres (Le Blogue urbain - Journal Le Devoir - 22 septembre 2014)

Pour plus d’information sur le projet de "Petite ferme entre ami-e-s":

Page du site web de l'Atelier Barda dédiée à l'intervention
Blogue de l'intervention